Nouvelles de Saint-Antoine (15) – dimanche 24 mai 2020

7ème dimanche de Pâques

Seigneur, envoie ton Esprit ! Qu’il renouvelle la face de la terre.

Après l’Ascension du Seigneur, les Apôtres montèrent dans la chambre haute, « tous d’un même coeur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. » (Ac 1,14)

Le temps du confinement et de la prière domestique débouchera bientôt pour nous, comme pour les Apôtres, sur la « sortie » de la Pentecôte : un nouveau temps commencera, avec la reprise d’une vie liturgique et communautaire « presque normales » (il faudra en effet procéder à quelques adaptations).

Le décret gouvernemental qui vient de paraître dans la nuit nécessite de mettre en place des mesures en vue de garantir la sécurité sanitaire et d’informer correctement les paroissiens sur les règles à observer. Compte tenu de ces contraintes, la reprise des messes publiques pourra avoir lieu au cours de cette semaine : vous recevrez bientôt un mail vous donnant toutes précisions !

La Pentecôte marquera donc le retour à la visibilité de notre communauté paroissiale, dans la joie de l’Esprit qui nous est redonné ! J’en profiterai pour vous faire des annonces sur l’avenir, qui ont dû être légèrement différées en raison du confinement.

« Désormais, je ne suis plus dans le monde; eux (les disciples) sont dans le monde… » (Jn 17,11) Le Christ nous prépare à annoncer à nouveau la Bonne Nouvelle du salut dans un monde qui est fortement secoué ces derniers temps… Que l’Esprit nous donne de témoigner pour que tout homme trouve en notre Eglise l’accueil dont il a besoin; à travers nous, revêtus de la charité du Christ, c’est Dieu qui accueille…

« Comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. » (Jn 17, 2) Le pouvoir du Messie n’est pas un pouvoir de domination, mais un pouvoir de donner la vie : à chacun de se mettre librement sous la seigneurie vivifiante du Christ et de son Esprit !

Les pouvoirs temporels sur cette terre sont d’autant plus féconds qu’ils ne cherchent pas leur finalité en eux-mêmes, mais qu’ils reconnaissent une transcendance qui les dépassent…

Ainsi arrivons-nous au 10ème et dernier vitrail de notre église : Jésus et le centurion, serviteur de la nation et figure du pouvoir temporel.

Le centurion a supplié Jésus de guérir un de ses serviteurs et a vu sa demande exaucée, se voyant au passage gratifié d’un des plus beaux compliments du Christ dans les Evangiles : « Nulle part, même en Israël, je n’ai pas trouvé une si grande foi. » (Lc 7,9)

C’est donc qu’une bonne intelligence est possible entre l’exercice d’un pouvoir séculier et le domaine spirituel ! La foi peut trouver sa place avec subtilité en toute activité humaine, et enrichira grandement celui qui ne la mettra pas « sous le boisseau », quel que soit son champ professionnel.

L’exemple inverse nous est montré par Pilate qui, choisissant d’ignorer les avertissements de sa conscience morale, préféra se laver les mains et condamner un innocent, pour ne pas déplaire…

« Qu’est-ce que la vérité ? » La question posée par Pilate, non sans un certain cynisme, reste d’actualité. Dans notre société plus évoluée techniquement, la conscience éthique et le sens de la vérité ont-ils progressé ou régressé? L’homme est-il vraiment devenu plus humain, plus à l’image de Dieu ?

Dans notre prière à l’Esprit Saint ces jours-ci, nous pouvons garder une place pour ceux qui ont la charge de gouverner – et c’est souvent une lourde charge : 

ceux qui sont au sommet de l’Etat, et ceux qui occupent les « échelons intermédiaires », dont on a vu le travail important sur le terrain ces dernières semaines. La subsidiarité, qui est un autre mot pour « incarnation », fait partie des principes de la doctrine sociale de l’église.

Si tous nous prions pour ceux qui exercent des responsabilités (nous pouvons les nommer), soyons certains qu’il en sortira quelque chose de bon ! La prière ne reste pas sans effet.

A l’instar du centurion de l’Evangile, que la charge temporelle ne soit pas un obstacle à l’ouverture spirituelle. Au contraire, toute responsabilité peut être accomplie comme service de la vérité, service du prochain… et de Dieu.

Le « monde d’après » (après la pandémie) est souhaité par nombre de nos concitoyens, débarrassé de modèles en vogue dans les dernières décennies, qui ont montré leurs limites et leur incapacité à combler le coeur de l’homme (consumérisme immodéré, individualisme, vision réductrice de la création et de la personne humaine en particulier…)

Les chrétiens, qui sont dans le monde sans être « du monde », répondront présents pour bâtir le « monde d’après ». Non pas seuls, mais avec Celui qui nous est envoyé, Celui que Jésus nomme le Paraclet, le Défenseur (para-caleo en grec, ou ad-vocare en latin : appeler sur).

Seigneur, envoie ton Esprit ; qu’il renouvelle la face de la terre !

Père Benoît Gérardin, curé